• Morgane

La chirurgie esthétique: mon témoignage sans filtre

Mis à jour : 26 avr. 2020


Je vous parlais dans cet article de la vision de mon corps et du chemin -parfois semé d'embuches- que j'emprunte vers l'acceptation de celui-ci. J'y évoquais brièvement mon opération de chirurgie esthétique et je souhaitais aujourd'hui pouvoir parler de ce sujet, encore/parfois tabou et de mon expérience.


Ma petite histoire

À lʼadolescence, alors que mes copines avaient de plus en plus de poitrine, moi jʼétais toujours enfermée dans ce corps dʼenfant. Dʼailleurs, je me souviens encore de ce jour où dans la cour de mon collège un groupe de garçons mʼa demandé de venir les voir puis alors que je me rapprochais dʼeux pour savoir ce quʼils me voulaient, lʼun dʼeux mʼa balancé en rigolant «ah non en fait tu reviendras quand tʼauras des seins». Ce garçon avait 13 ans et toute la bêtise des garçons de cet âge-là, mais pour qu'à presque 32 ans cette phrase résonne encore dans ma tête, c'est vous dire sa violence. Avec ma grossesse jʼai pensé que j'allais enfin accepter mon corps mais cela nʼa pas été le cas. Je pensais de plus en plus à la chirurgie pour enfin avoir ce corps de femme, de maman que je désirais.

Je me souviens de nombreuses discussions autour de la chirurgie et de certaines filles (qui elles avaient de la poitrine) qui disaient combien les opérations les dégoutaient et combien cela était inconcevable pour elles dʼy penser. Jʼétais-là à les écouter et jʼessayais de placer mon opinion sur le sujet, sans grande conviction tant jʼavais peur qu'on me jette des cailloux.

Le déclic

Je me suis renseignée, recueillie un nombre incalculable dʼavis, fait des devis auprès de cliniques même à lʼétranger. Puis la vie suivant son cours, je me suis dis quʼun jour cela viendra et jʼessayais de me résigner à accepter mon corps à gros renfort de soutien-gorge push up.

Un jour, au cours dʼun examen banal chez mon docteur, jʼévoque le sujet de la chirurgie et lui parle de mon complexe. J'avais entendu parler que dans certains cas, notamment pour de la chirurgie réparatrice ou de diminution de la poitrine, l'opération pouvait être prise en charge.


Quelques jours plus tard, jʼavais rendez-vous avec le professeur du service chirurgie esthétique et réparatrice du CHU de Bordeaux et il mettait enfin des mots sur ce dont je souffrais: lʼhypoplasie mammaire. Enfin quelquʼun, qui plus est, un médecin, reconnaissait que OUI y avait un truc qui "clochait" chez moi et surtout me comprenait.

Mais lʼhypoplasie mammaire cʼest quoi?

Lʼhypoplasie est un problème de croissance, une réelle malformation, il s'agit d'un sous développement des glandes mammaires. Ce sous-développement peut être dû à un problème direct au niveau du développement du foetus ou à une grossesse, des variations hormonales ou une perte de poids.

Pour mon cas, ma poitrine ne sʼétait pas développée à lʼadolescence ni après. Quand je dis « pas développée » cʼest-à dire que jʼavais à peine 2 centimètres de poitrine et je ne remplissais même pas un bonnet A. A savoir qu'en commençant le running j'ai perdu beaucoup de poids et j'avais encore moins de poitrine au moment de mon opération. La glande mammaire étant du gras, on perd très vite à cet endroit lorsqu'on perd du poids ou avec une pratique assidue de sport (c'est pour cela que les bodybuildeuses ont généralement recours à cette opération).

Le regard des autres


Même si pendant ma jeunesse je sentais que la chirurgie était assez tabou, je nʼai jamais eu honte de ma décision et au contraire cʼest pour moi une réelle fierté. Cette opération mʼest apparue comme une nouvelle chance, celle dʼenfin mʼaccepter et dʼavoir un corps qui correspond à mon âge (on me donne souvent 25-26 alors que jʼen ai 31!) et à ma morphologie.

Me faire opérer cʼétait un peu comme un élan de liberté. Je ne faisais pas ça seulement dʼun point de vue esthétique mais aussi pour me sentir enfin bien dans ma tête. On dit souvent que notre corps parle pour nous, nos gestes, nos attitudes, notre posture. Le mien reflétait un réel manque de confiance en moi et ce que je souhaitais été de ne plus avoir honte de lui, ne plus avoir honte dʼavoir lʼair dʼune « maman ado ».


Le processus avant l'opération


Pour que mon opération soit considérée comme de la chirurgie réparatrice, il fallait que je prenne rendez-vous avec le médecin conseil de la sécurité sociale. Lors de ce celui-ci, le médecin a pris mes mensurations et procédé à un examen des glandes par palpation. Il a ensuite confirmé ce que le professeur avait dit et à validé mon dossier. J'avais également joint à mon dossier un mot de mon médecin traitant qui appuyait ma démarche.


J'ai ensuite eu un premier rendez-vous avec mon chirurgien, toujours au CHU. Nous avons échangé autour de l'opération, le docteur voulait connaître mes motivations et souhaits (depuis quand je souhaitais me faire opérer etc.. pour être bien sur que ce n'était pas un caprice).


Ensuite, j'ai dû faire une mammographie pour voir s'il n'y avait aucun problème ou contre-indication à cette opération. J'ai eu mes résultats quelques semaines plus tard et là grosse frayeur, le médecin me convoque dans son bureau. J'étais assez tétanisée de me retrouver là. Il m'apprend que la mammographie a fait apparaître quelques kystes de différentes tailles. Il m'explique ensuite que nous devons faire une biopsie du sein dans le but d'analyser les cellules et de détecter une éventuelle anomalie.


La biopsie est un examen rapide et peu douloureux bien que le médecin utilise un pistolet avec une aiguille pour prélever les cellules. Quelques jours plus tard, j'obtenais les résultats et le médecin m'informait qu'il s'agit d'une anomalie bénigne, qui n'empêchait pas mon opération mais qui demandera une surveillance par mammographie tous les 2 ans.


Après tous ces examens, j'ai eu un second rendez-vous avec mon chirurgien où nous avons parlé des types de prothèses, de la forme qui me conviendrait le mieux et aussi leur taille. Nous sommes partis sur un prothèse de type anatomique (en forme de poire) au vue de ma malformation, pour recréer complètement l'aspect d'un sein naturel. Pour le volume, nous avons choisi le maximum que je pouvais prendre selon ma morphologie, sans que cela fasse l'effet "ça dépasse sur le côté". Lors de ce rendez-vous, j'avais apporté un débardeur couleur chair et différents soutien-gorges de bonnets différents que j'avais acheté pour essayer les prothèses. Puis à la fin de ce rendez-vous, nous convenons de la date de l'opération.


Entre temps, un examen avec l'anesthésiste est indispensable. Ensuite tout était OK, il ne me restait plus qu'à attendre le jour j.


L'opération


Je suis rentrée à l'hôpital dans la journée, je procède à mon inscription, une infirmière m'amène dans ma chambre. Je m'installe. L'opération n'a eu lieu que le lendemain vers midi. Le matin, mon chirurgien est venu faire les "dessins" au marqueur sur ma poitrine. Les infirmiers m'ont ensuite amené au bloc mais je vous avoue qu'avec les médicaments et anesthésiants je ne me souviens plus de rien!


L'opération s'est très bien passée et si je ne dis pas de bêtise, elle a duré moins d'une heure. Nous avions convenu avec le chirurgien de passer les prothèses sous le muscle et de la passer par le sillon sous-mammaire. Ma poitrine étant vraiment "inexistante" il était impossible de faire une ouverture au niveau de l'aréole qui était trop petite.

Je suis retournée dans ma chambre quelques heures plus tard. J'avais un très grand bandage et je ne savais pas du tout à quoi ressemblait ma nouvelle poitrine. J'étais un peu dans le coltard mais je ne me souviens pas de douleurs particulières. Je suis sortie le lendemain après avoir fait un dernier examen avec mon chirurgien.


La convalescence et l'après


Je n'ai pas pu retravailler avant 1 mois et demi car mon emploi dans la vente était très physique. J'ai également attendu que mes points se résorbent avant de reprendre toute activité. Une infirmière est venue à mon domicile pendant une semaine à dix jours pour nettoyer les cicatrices et voir si tout allait bien. Après ces derniers soins et pendant un mois, je devais masser les cicatrices en les pinçant pour que celles-ci ne soient plus rouges et aider les points à se résorber (je n'osais pas pincer fort car c'est tout de même une manipulation assez désagréable, mais mon chirurgien m'avait dit que je pouvais y aller franco). Je devais également porter une brassière de maintien spéciale achetée avant mon opération en pharmacie (commandée selon mes mensurations et non remboursée par la sécurité sociale. Son prix: environ 75euros). Il s'agit d'une brassière que vous pouvez ouvrir sur le devant grâce à un zip et régler au niveau des bretelles. Ensuite elle se compose d'un scratch amovible sur le dessus de la poitrine que vous pouvez resserrer. Ce scratch est très important puisqu'il va vous permettre de maintenir la poitrine, pour ne pas que les prothèses remontent et changent de position. Par la suite, j'ai eu des contrôles assez réguliers le premier mois puis troisième et sixième mois. J'ai ensuite pu reprendre le sport au bout d'un mois sans difficultés.


Enfin sachez que le résultat définitif n'est pas immédiat. La poitrine doit dégonfler, les prothèses doivent elles aussi "s'intégrer" au corps. De plus, avec les variations de poids, une grossesse ou autre, la poitrine n'a jamais la même forme qu'après l'opération. Aujourd'hui je dirais qu'avec ma grossesse j'ai d'avantage de poitrine qu'au moment de l'opération.


En ce qui concerne le bonnet, je suis passée d'un 75/80A (inexistant) à un 85C bien rempli. La taille n'étant vraiment pas une bonne référence puisque d'une boutique à l'autre je peux prendre aussi bien du 85c ou du 90b dans une autre. En fait il faut savoir que lorsque vous souhaitez vous faire opérer, vous choisissez un volume de prothèse (ex: 300cc ) et non une taille de bonnet.


Aussi, à la sortie de l'hôpital, le médecin m'a donné une carte (comme une carte de groupe sanguin) avec les informations relatives à mes prothèses. Cette carte doit-être en permanence dans mon porte-monnaie au cas où s'il m'arrivait un accident et que les secours devaient utiliser un défibrillateur.



"Et ça fait mal?","Moi ça me fait peur, les opérations tout ça..."


Lorsqu'on me demande si j'ai eu mal ou si j'ai eu peur, je réponds toujours que non. Bien sur, j'ai eu des difficultés pour dormir après mon opération mais j'étais si heureuse, j'attendais tellement cette opération depuis mon adolescence que je n'ai jamais eu mal, ni vu d'aspects négatifs.


Cette année, cela fait trois ans que je me suis faite opérée. Je n'ai jamais eu l'impression d'avoir un corps étranger en moi, même s'il est vrai que je "sens quelque chose". Je n'ai jamais regretté mon choix. Parfois il m'arrivait de me dire que je n'avais pas choisit "assez gros", que ma poitrine était encore trop petite, mais je crois que je me voyais encore avec ce corps d'enfant. Il a fallut quelques mois pour que je me dise que non mon opération était définitivement parfaite.


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Loin de moi l'idée de faire l'apologie de la chirurgie, si j'avais pu m'accepter sans y avoir recours cela m'aurait sans doute éviter des années à être malheureuse. Cela dit, cette opération a un coût, n'est pas à prendre à la légère car vous vous engagez à vous faire réopérer tous les dix ans si cela est nécessaire. Enfin, il est fortement déconseillé de tomber enceinte l'année et demie suivant cette opération.


Voilà, j'espère vous avoir apportée des réponses aux éventuelles questions que vous vous posez. Je vous souhaite un bon week-end!

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